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Snetterton : plongée au cœur du circuit-aérodrome du Norfolk

L'Angleterre a inventé une catégorie de circuits qui n'existe nulle part ailleurs avec une telle densité : les pistes nées des aérodromes de la Seconde Guerre mondiale. Silverstone en est l'exemple le plus célèbre, mais Snetterton, perdu dans les plaines agricoles du Norfolk entre Thetford et Norwich, en est peut-être l'illustration la plus fidèle. Ouvert à la course en 1953 sur les pistes d'une ancienne base de bombardiers, ce circuit n'a jamais cessé d'accueillir des compétitions depuis plus de soixante-dix ans. Derrière son apparence modeste se cache l'un des lieux les plus formateurs du sport automobile britannique.

Une piste née de la guerre

Le site s'appelait autrefois RAF Snetterton Heath. Comme des dizaines d'autres aérodromes construits à la hâte dans l'est de l'Angleterre pendant le conflit, il profitait d'un relief idéal : l'East Anglia est une région plate, peu peuplée, ouverte aux vents et parfaitement adaptée à l'aviation. La base fut mise à la disposition des forces aériennes américaines, et les équipages de la Eighth Air Force y décollèrent à bord de bombardiers quadrimoteurs B-17 Flying Fortress pour des missions au-dessus de l'Europe occupée, parmi les plus périlleuses de toute la guerre. La paix revenue, les avions repartirent et le silence retomba sur les pistes de béton. Mais ces infrastructures abandonnées, larges, planes, goudronnées et éloignées de toute habitation, représentaient une aubaine pour le sport automobile en plein essor de l'après-guerre. En 1953, les premières courses s'élancèrent sur un tracé dessiné à partir des pistes et des voies de circulation de l'ancien aérodrome. Le virage le plus célèbre du circuit, le Bomb Hole, porte encore aujourd'hui la mémoire de cette origine militaire.

Les années pionnières

Le tracé originel, long d'environ quatre kilomètres et demi, était typique de son époque : rapide, balayé par le vent, bordé de talus herbeux, avec deux longues lignes droites héritées de l'aviation où les voitures atteignaient des vitesses considérables. Dans les années 1950 et au début des années 1960, Snetterton s'imposa comme l'un des grands rendez-vous du calendrier britannique. Le circuit accueillit même des épreuves de Formule 1 hors championnat du monde, qui attiraient dans le Norfolk les vedettes de la discipline et offraient au public local un spectacle de tout premier ordre. Monoplaces, voitures de sport et berlines s'y succédaient sans interruption, et les équipes appréciaient ses longues portions à pleine charge pour leurs essais. En 1974, la réalité économique imposa un raccourcissement du tracé, ramené à un peu plus de trois kilomètres. Cette version compacte allait définir le circuit pendant plus de trois décennies, sans jamais entamer son activité débordante.

L'école anglaise du pilotage

Si Snetterton occupe une place à part dans l'histoire du sport automobile, c'est d'abord comme pépinière de talents. Jim Russell, pilote reconverti dans l'enseignement, y fonda son école de pilotage, devenue une référence mondiale et le modèle de toutes celles qui suivirent : des milliers d'apprentis pilotes y découvrirent la monoplace. Plus déterminant encore, le constructeur Van Diemen installa ses ateliers au bord même de la piste. Ses châssis dominèrent pendant des décennies la Formule Ford, la catégorie d'accès qui servait de premier échelon vers la Formule 1. En 1981, un jeune Brésilien débarqué en Angleterre remporta son premier championnat automobile au volant d'une Van Diemen : il s'appelait Ayrton Senna. Que le pilote considéré par beaucoup comme le plus grand de tous les temps ait fait ses classes dans des voitures construites à Snetterton en dit long sur le rôle discret mais essentiel de ce coin du Norfolk dans la formation de l'élite mondiale.

Le tournant de 2011

L'ère moderne s'ouvrit en 2004, lorsque MotorSport Vision, le groupe dirigé par l'ancien pilote de Formule 1 Jonathan Palmer, racheta Snetterton en même temps que Brands Hatch, Oulton Park et Cadwell Park. Après des années d'investissements progressifs, la métamorphose intervint en 2011 avec le chantier le plus ambitieux de l'histoire du circuit : une toute nouvelle section intérieure fut construite, donnant naissance au Snetterton 300, un tracé de près de cinq kilomètres dont le nom fait référence à sa longueur d'environ trois miles. Deux configurations plus courtes, le 200 et le 100, complètent l'offre et permettent d'accueillir aussi bien les grands championnats nationaux que les essais privés et les journées circuit. De nouveaux bâtiments de stands et des normes de sécurité modernes achevèrent de transformer un vieux circuit de club en l'une des installations les plus complètes du pays.

Un tour de piste

Le tour du Snetterton 300 est une leçon d'histoire autant qu'un défi de pilotage, tant les noms de virages honorent les grandes figures du sport. Après le rapide droit de Riches vient l'épingle de Montreal, zone de freinage massif et théâtre de nombreux dépassements. La section intérieure de 2011 enchaîne les virages Palmer, Agostini, hommage au légendaire motard Giacomo Agostini, Hamilton et Oggies, avant que la ligne droite Bentley ne conduise aux courbes Brundle et Nelson : la première salue Martin Brundle, pilote de Formule 1 né dans le Norfolk et devenu l'une des voix les plus respectées du sport. Vient ensuite la signature du vieux circuit : le Bomb Hole, ce droit en descente au nom chargé d'histoire, puis l'interminable courbe de Coram qui se resserre jusqu'à Murrays, baptisé en hommage au commentateur Murray Walker. La ligne droite Senna ramène les concurrents vers la ligne de chronométrage, bouclant un tour qui marie deux époques du dessin de circuits.

L'endurance à la britannique

Snetterton peut aussi revendiquer une première nationale : c'est ici que fut organisée, en 1980, la première course automobile de vingt-quatre heures disputée en Grande-Bretagne, le Willhire 24 Hour. Pendant les années 1980 et 1990, cette épreuve d'endurance devint un rendez-vous culte du calendrier britannique, prouvant qu'une course d'un tour d'horloge complet pouvait prospérer sur un circuit de club compact, loin du gigantisme du Mans. L'événement contribua à forger l'identité du lieu : une piste de travailleurs, ouverte presque toute l'année, où le sport automobile se vit au quotidien plutôt que lors de quelques grands-messes annuelles. Cette culture de l'activité permanente, complétée par le marché dominical installé sur le site, explique pourquoi Snetterton a traversé sans encombre des décennies qui furent fatales à d'autres circuits historiques.

Snetterton aujourd'hui

Le circuit est désormais l'un des plus fréquentés du Royaume-Uni. Le championnat britannique des voitures de tourisme, le BTCC, s'y produit chaque saison avec ses bagarres au contact, tandis que le championnat britannique de Superbike y dispute l'une des manches les plus rapides de son calendrier, portée par les longues lignes droites héritées de l'aérodrome. Entre ces têtes d'affiche défilent courses de club, plateaux historiques, séances d'essais et journées de roulage ouvertes aux amateurs. Situé au bord de l'A11, à mi-chemin entre Norwich et Thetford et à une heure environ de Cambridge, Snetterton est le cœur battant du sport mécanique en East Anglia, une région qui abrite aussi le constructeur Lotus, installé non loin de là, à Hethel. Soixante-dix ans après les premières courses, l'ancien aérodrome n'a jamais été aussi vivant.

Sur la carte

Snetterton n'est qu'un point parmi des milliers sur la carte mondiale des circuits, mais il appartient à une famille fascinante : celle des aérodromes devenus pistes de course, particulièrement nombreux dans l'est de l'Angleterre. Sur notre carte interactive, retrouvez Snetterton dans son écrin du Norfolk, explorez les autres circuits-aérodromes britanniques et poursuivez le voyage vers les tracés du monde entier. La géographie du sport automobile raconte une histoire ; il suffit de zoomer pour l'entendre.