Circuit Mont-Tremblant : le joyau routier des Laurentides, entre Grands Prix et Can-Am
À environ une heure et demie de route au nord-ouest de Montréal, au cœur des collines boisées des Laurentides, se cache un circuit qui a vu passer les plus grands noms du sport automobile. Le circuit Mont-Tremblant, aménagé près du village de Saint-Jovite, a accueilli deux fois le Grand Prix du Canada de Formule 1 : Denny Hulme s'y est imposé pour McLaren en 1968, et Jacky Ickx y a triomphé pour Ferrari en 1970. Deux ans plus tôt encore, en septembre 1966, c'est ici que s'était disputée la toute première course de la mythique série Can-Am, remportée par John Surtees. Peu de tracés nord-américains peuvent revendiquer un tel palmarès dans un cadre aussi spectaculaire.
Saint-Jovite, berceau du circuit
Le circuit a ouvert ses portes en 1964, à une époque où les tracés routiers permanents se multipliaient partout en Amérique du Nord pour répondre à l'essor de la course de voitures sport. Alors que beaucoup d'installations de cette génération étaient dessinées sur d'anciens aérodromes plats, on a choisi au Québec un terrain véritablement accidenté, épousant le relief naturel des Laurentides. Le village voisin de Saint-Jovite, aujourd'hui intégré à la ville de Mont-Tremblant, a longtemps donné son nom au circuit dans la presse internationale : les comptes rendus d'époque parlent souvent simplement de « St. Jovite ».
Ce choix du relief a défini l'identité du lieu pour toujours. Dès l'origine, la piste montait, plongeait et se tordait au gré du terrain, offrant aux pilotes un défi digne des grands circuits naturels européens — et aux spectateurs des points de vue superbes sur les montagnes environnantes.
Un tracé sculpté dans les Laurentides
Le tracé complet mesure environ 4,26 kilomètres, soit à peu près 2,65 milles, et compte quinze virages. Mais les chiffres bruts ne disent rien de l'essentiel : la troisième dimension. La piste ne cesse de grimper et de redescendre, plusieurs sections rapides franchissent des crêtes aveugles où la voiture s'allège précisément au moment où le pilote aurait besoin d'appui. Les longues courbes rapides récompensent l'engagement, les virages qui se referment punissent la gourmandise à la mise sur l'angle, et la connaissance du terrain vaut de précieux dixièmes.
À l'époque de la Formule 1, les bosses du circuit étaient tristement célèbres : les récits d'époque décrivent des monoplaces décollant littéralement sur les cassures du revêtement. Ce caractère brut faisait à la fois l'admiration des pilotes et l'inquiétude des équipes. Aujourd'hui encore, ceux qui roulent à Mont-Tremblant en parlent comme d'un circuit à l'ancienne, exigeant et sincère, où un bon chrono se mérite.
Le Grand Prix du Canada en deux actes
Lorsque le Grand Prix du Canada a intégré le championnat du monde de Formule 1 en 1967, l'épreuve a d'abord alterné entre Mosport Park, en Ontario, et Mont-Tremblant, au Québec. Le circuit laurentien a ainsi reçu le championnat du monde à deux reprises. En 1968, Denny Hulme l'a emporté pour McLaren, un succès marquant dans les débuts de l'écurie en Grand Prix. En 1970, Jacky Ickx a gagné pour Ferrari, au terme d'une saison endeuillée par la disparition de Jochen Rindt, sacré champion à titre posthume. Ce week-end de 1970 est aussi resté dans les mémoires comme l'une des premières apparitions de la toute nouvelle Tyrrell, cette monoplace construite dans le plus grand secret et promise à un brillant avenir.
La Formule 1 n'est toutefois pas restée. Le revêtement bosselé malmenait des voitures toujours plus sophistiquées, et les exigences logistiques et financières du Grand Prix ne cessaient de croître. L'épreuve canadienne a fini par trouver son port d'attache à Montréal. Mais deux manches de championnat du monde, avec des vainqueurs du calibre de Hulme et d'Ickx, ont inscrit Mont-Tremblant pour toujours dans les livres d'histoire.
La première de la Can-Am et l'âge d'or nord-américain
Le chapitre le plus fondateur reste peut-être celui de septembre 1966 : Mont-Tremblant a accueilli la première course de l'histoire du Canadian-American Challenge Cup, la fameuse Can-Am. John Surtees s'y est imposé au volant d'une Lola, lançant un championnat qui allait devenir synonyme de liberté technique quasi totale et de puissances démesurées. Qu'une série aussi légendaire ait vu le jour dans les Laurentides en dit long sur le prestige du circuit dans les années soixante.
Ces belles années ont apporté bien davantage. La série Trans-Am et ses voitures de tourisme musclées y a couru à son apogée, tout comme de nombreux championnats nationaux de monoplaces et de voitures sport. Pour le public québécois, passionné de course, Saint-Jovite était l'endroit où les vedettes internationales venaient à domicile. Le circuit a joué un rôle réel dans l'éclosion de la culture du sport automobile de la province — une culture qui donnera plus tard au Canada certains de ses noms les plus célèbres.
Des années difficiles à la renaissance
Comme beaucoup de circuits de sa génération, Mont-Tremblant a connu des décennies compliquées. Les grandes séries parties ailleurs, les installations ont vieilli, et dans les années quatre-vingt-dix, l'ancien hôte de Grands Prix accusait son âge. Le tournant est survenu autour de l'an 2000, quand l'homme d'affaires canadien Lawrence Stroll — devenu depuis propriétaire d'écurie de Formule 1 et père d'un pilote de Grand Prix — a fait l'acquisition du circuit. Sous sa direction, la piste a été entièrement remise à niveau : resurfacée, sécurisée, dotée d'un paddock et d'installations d'accueil à la hauteur d'une destination de villégiature haut de gamme, tout en préservant délibérément le caractère du tracé d'origine.
Le sport professionnel est revenu dans la foulée. En 2007, la série Champ Car a fait escale dans les Laurentides, ramenant la monoplace de haut niveau dans la région pour la première fois depuis des décennies, et la série nationale canadienne de stock-car sous l'égide de NASCAR y a également couru à la même époque. Tout aussi important, le circuit est devenu un rendez-vous incontournable de la course historique, avec des festivals réunissant monoplaces, sport-prototypes et voitures de tourisme d'époque sur un asphalte que beaucoup d'entre elles avaient connu en compétition.
Le circuit au quotidien
Le Mont-Tremblant d'aujourd'hui vit moins de grands championnats que du quotidien d'un circuit routier de premier ordre. Le calendrier s'articule autour des courses de club, des événements de marque, des journées de roulage, des écoles de pilotage et des programmes d'entreprise, les rares journées à fort niveau sonore étant réservées aux temps forts de la saison — la proximité du village impose en effet une gestion stricte du bruit, encadrée de longue date par des ententes avec la municipalité. Pour les pilotes amateurs du Québec, de l'Ontario et du nord-est des États-Unis, boucler un tour ici reste un rêve accessible : un circuit exigeant, un décor de montagne et un village de villégiature à quelques minutes.
L'héritage, lui, est entretenu avec soin. Les week-ends de voitures anciennes font revivre l'âge d'or du circuit, et le lieu assume fièrement son histoire : c'est ici que Surtees a gagné la première Can-Am, ici que Hulme et Ickx ont remporté des Grands Prix, dans un paysage qui n'a presque pas changé depuis.
Sur la carte
Le circuit Mont-Tremblant n'est qu'un point parmi les centaines de sites de course que nous avons répertoriés à travers le monde, des circuits de Grand Prix aux tracés routiers oubliés. Ouvrez la carte interactive, zoomez sur les Laurentides au nord-ouest de Montréal, et vous trouverez la piste nichée entre lacs et collines boisées — puis continuez l'exploration pour découvrir comment la géographie de la course québécoise se relie au reste de la planète motorsport.